Intervention de Madame Andrée MUNCHENBACH, Conseillère générale du Bas-Rhin, en séance plénière du 25 juin 2007


Monsieur le Président, Chers Collègues,
Je prends acte du constat de semi-échec fait à propos de la convention quadripartite 2000 – 2006, qui n’a pas atteint ses objectifs de développement de l’enseignement spécifique de la langue régionale – à savoir les dialectes et l’allemand standard.
Les objectifs annoncés dans la convention de 2000 n’ont été atteints ni pour l’enseignement extensif – pour lequel pourtant avait été validé un calendrier précis, censé aboutir à la rentrée 2006 – ni surtout pour l’enseignement bilingue paritaire.
Il est inutile de préciser que ce constat ne concerne pas le niveau linguistique des enfants accédant à un enseignement bilingue – qu’il soit paritaire ou extensif, - ni la qualité ou l’efficacité d’un tel enseignement. On sait qu’il est tout bénéfice, avec des coefficients plus ou moins importants selon la précocité et la durée de l’exposition à la langue.
Le bilan qualitatif pour les « happy few »est bon, il est même très bon. S’il y a un bilan « mitigé » - pour ne pas dire « mauvais », en tous cas très en dessous des attentes - c’est bel et bien du côté de l’Education Nationale. Qui aurait pu vraiment mieux faire?
Le contrat n’a pas été rempli, surtout sur le plan quantitatif.
Malgré le soutien, y compris financier, des collectivités territoriales, l’Education Nationale n’a pas su « élargir l’offre de formation pour amener à l’égalité d’accès à un enseignement précoce de la langue régionale ».
On pourrait du coup s’attendre à ce que, à l’heure du bilan, forts de ce constat, les quatre partenaires signataires de la convention veuillent mettre les bouchées doubles, pour corriger la trajectoire et rattraper le temps perdu. Avec en ligne de mire l’ambition et l’exigence républicaine que tous les enfants de notre région aient les mêmes chances de maîtriser plus facilement une deuxième langue, et par la suite une troisième voire plusieurs autres.
C’est ce que l’on pourrait comprendre dans l’objectif annoncé dans la nouvelle convention de doubler le nombre d’élèves bénéficiant d’un enseignement bilingue, par rapport à la rentrée 2007. Actuellement 7 %, donc 14 % en 2013… Une première lecture optimiste nous incline à imaginer qu’en doublant ces effectifs tous les 7 ans, la généralisation de l’enseignement ne serait après tout qu’une affaire de patience… Dans cet esprit, il faudrait oublier l’adage « qui a failli, faillira » et espérer que l’on ne se satisfera plus dorénavant d’un curseur aussi gravement dans le rouge
Des éléments nouveaux dans la présente convention pourraient autoriser l’optimisme.
La mise en œuvre de partenariats avec les pays germanophones, d’échanges d’enseignants et d’échanges scolaires, pourrait annoncer une nouvelle dynamique et donner plus de sens et d’efficacité à l’enseignement de l’autre langue de notre région, qui est aussi celle de nos plus proches voisins européens.
Un suivi de l’application de la convention par un comité de pilotage et des groupes de travail devrait être un gage de succès, a fortiori si l’on y associait des représentants des associations de parents d’élèves engagées dans la promotion et le développement de l’enseignement bilingue. Je pense notamment aux Associations Eltern 67/68. On sait le rôle déterminant des parents dans la mise en place des classes bilingues. C’est surtout à eux que revient le mérite d’avoir fait un peu bouger le mammouth.
De même le contrôle annuel de l’état de développement de la politique des langues par la commission quadripartite devrait empêcher qu’on s’éloigne à nouveau des objectifs annoncés. Une présentation de ce rapport annuel devant chacune des trois assemblées territoriales - cofinanceuses de cette politique des langues permettrait opportunément de s’assurer régulièrement de la bonne marche du projet. Pour éventuellement obtenir de recadrer les choses, en cas de défaillance.
Le dernier élément de progrès dans la convention tient à la « politique d’information » annoncée à l’égard des parents et aussi des étudiants en vue de les intéresser à l’enseignement bilingue. Il y a là effectivement un manque à combler.
Pour le reste, et pour l’essentiel, la comparaison des deux textes suscite malheureusement plutôt la déception.
Il apparaît assez nettement que l’objet de la nouvelle convention n’est pas de donner des délais et des moyens nouveaux pour atteindre enfin les objectifs que n’a pu atteindre la première.
A y regarder de près, la nouvelle convention est même en retrait par rapport à la précédente. Même la formulation du projet est appauvrie, l’expression est souvent imprécise. Pourtant « ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement ». La volonté de faire avancer les choses ne ressort pas clairement de ce texte.
J’ai été frappée par des gommages significatifs de certains mots. Ainsi l’application de la politique linguistique régionale dans l’Académie n’est plus appelée à être « homogène » : l’adjectif disparaît.
Le plan de développement des collèges bilingues dans la nouvelle convention « veillera à assurer un équilibre territorial » qui n’a plus rien à voir avec l’objectif affiché par la 1ère convention d’«ouvrir une filière bilingue dans chaque collège », en lien avec l’ambition « d’assurer une répartition géographique équilibrée de l’enseignement bilingue en Alsace pour répondre à la demande des familles dans le respect du principe d’égalité d’accès à cet enseignement ».
Ce souci de l’égalité des chances de tous les enfants honore les rédacteurs de la première convention. Il ne s’exprime plus dans ce nouveau texte.
Il escamote également le principe de la continuité de l’enseignement bilingue au lycée, réduisant la perspective à celle de l’ABIBAC, diplôme dont on sait qu’il n’offre que de très rares places et seulement aux très élèves. La convention 2000/2006 visait la continuité avec, « au collège comme au lycée, un enseignement de 12h d’allemand ou en allemand par semaine. » En cohérence avec l’engagement pris initialement auprès des parents.
Pour finir, je souhaiterais vous relire une phrase de la convention de 2000 qui a disparu dans la nouvelle mouture. Dans le chapitre Langue et Culture Régionale, elle définissait l’objectif de cette option. Plus largement elle donnait à l’enseignement de la langue et de la culture régionales un sens et une dimension dont on ne trouve bizarrement et bien malheureusement plus l’expression dans la convention 2007.
« Cette option facultative doit permettre la découverte de la langue, de l’histoire, de la géographie, de la sociologie, de l’économie, des arts, des institutions, de la culture propre des hommes et des femmes vivant en Alsace, ainsi que la relation avec les régions voisines ». La convention de 2000 avait du souffle et du cœur, elle reflétait une approche à la fois positiviste et humaniste.
Tout bien pesé, il y a dans la nouvelle convention trop de renoncements pour que nous puissions y souscrire. On ne peut pas faire comme si la première convention n’existait pas : elle a été signée. Il y a eu des financements importants.
Renoncer c’est démissionner. Régresser c’est trahir.
Andrée Munchenbach
Conseillère Général du Bas-Rhin

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