L’interview de campagne Denis Lieb, candidat Unser Land à la législative de Saverne
« Libérer les régions »
C’est l’outsider des législatives. Connu pour ses campagnes d’hyperproximité, Denis Lieb
sort d’un an de retraite politique en entamant aujourd’hui un tour de la circonscription à vélo.
Pendant deux semaines, le seul candidat Unser Land d’Alsace sillonnera les communes de
la plaine savernoise, où il connaît un déficit de notoriété, pour parler bilinguisme et
régionalisme
Quels sont vos projets pour le territoire ?
Notre salut passe par l’Alsace. L’État français est en faillite, le redressement de la France passe par la
liberté des régions et des institutions régionales. Mon expérience de conseiller général m’a prouvé que
lorsqu’on s’occupe des choses ici, ça va mieux. Par exemple, le droit local montre qu’on peut faire
différemment et tout aussi bien, voire mieux, pour la sécurité sociale, les faillites personnelles, le livre
foncier. Pour faire des économies dans ce pays, on doit confier davantage de responsabilités et de
ressources fiscales aux régions. Pas en augmentant les impôts, mais en faisant des transferts.
Sont Alsaciens ceux qui aiment l’Alsace
La France est le seul pays hypercentralisé de l’Union européenne. Pour Paris, nous sommes à la périphérie
du pays. Et moi je dis que nous sommes au cœur de l’Europe, qui fournit des débouchés, des
investissements et crée de l’emploi. Ça passe par la ressource linguistique, nous sommes donc pour un
droit au bilinguisme paritaire et précoce. Nous ne sommes pas des nostalgiques : nous sommes tournés
vers le bilinguisme parce que du Luxembourg jusqu’à la Suisse, on parle allemand
Où se situe Unser Land sur l’échiquier politique ?
C’est un parti régionaliste. Ma suppléante (Andrée Munchenbach, ndlr) a une sensibilité de gauche, moi j’ai
une sensibilité de droite. Nous accueillons tous les régionalistes. Mais ce n’est pas Alsace d’abord. Pour
nous, sont Alsaciens tous ceux qui aiment l’Alsace. Nous n’avons pas une vision ethnique, c’est ce qui
nous distingue de l’extrême-droite
Dans la circonscription de Saverne et particulièrement en Alsace Bossue, le vote Front national a été élevé ce dimanche. Que vous inspire cette situation ?
Lorsqu’en Alsace Bossue on présente un candidat différent et intéressant, les électeurs ne se réfugient pas
dans un vote FN.
Quels seraient les repères d’une identité alsacienne ?
L’Alsace est une région rhénane et un trait d’union entre la France et l’Allemagne. Un Alsacien ne vit pas
les yeux braqués vers Paris : il regarde autour de lui, et il voit le Luxembourg, l’Allemagne et la Suisse.
Parler une langue régionale ne met en rien en danger l’unité nationale et n’affaiblit en rien la position
dominante du français. L’Alsace est un particularisme qu’il faut respecter, promouvoir et qui ne nuit pas à
l’unité nationale. Sarko a récemment demandé des excuses pour les harkis. Très bien. Nous, nous
demandons à la France des excuses pour nous avoir abandonnés aux nazis en 1940, ce qui nous a valu
l’incorporation de force et les morts sur le front russe
Vous avez soutenu David Heckel, élu Unser Land à la cantonale de Sarre-Union en 2011. Que répondez-vous à ceux qui se plaignent de son absence du territoire ?
David Heckel a tenu parole. Une fois élu, il a démissionné et s’est installé en Alsace Bossue. En janvier, il
est venu me voir pour me dire ‘j’ai un problème, j’ai mon indemnité de conseiller général, mais pas de
sécurité sociale’. Et comme il a un diplôme de sciences de la vie, il ne trouvait pas de travail aux alentours
dans ce domaine et il a dû chercher du boulot là où il y en a. Si je suis élu, je lui proposerai de l’embaucher
comme attaché parlementaire, comme ça il pourra revenir.
Pourquoi avoir choisi une suppléante qui n’est pas du coin ?
Je ne voulais pas prendre un suppléant attrappe-voix comme je l’ai été avec Émile Blessig et comme le font
les autres candidats. Avec Andrée Munchenbach, nous avons travaillé ensemble au conseil général, et
nous avons continué notre collaboration, par exemple pour l’Alsatian Pride, cet automne, quand nous avons
marché 120 kilomètres à travers le Département pour une cause qui nous est chère, le bilinguisme. Et c’est
la seule personne qui soit assez folle pour faire le tour de la circonscription à vélo…
D’où vous est venue cette idée d’une tournée à vélo ?
En 1998, j’ai été élu après avoir fait le tour des 20 communes du canton de Sarre-Union à pied. Maintenant,
pour les législatives, il y a 180 communes, alors je fais quand même le tour, mais à vélo. Nous n’irons pas
en voiture ou dans les cocktails officiels, nous ferons des circuits pour aller à la rencontre des gens dans
toutes les communes des quatre cantons de la plaine (Hochfelden, Bouxwiller, Marmoutier, Saverne, ndlr).
En Alsace Bossue, ça va, je suis connu.
Certains parlent d’un accord avec Thierry Carbiener pour rabattre vers lui des voix de
l’Alsace Bossue au second tour.
Avec Thiery Carbiener, on a été dans le même groupe politique au conseil général (CEDRE, ndlr), avec
aussi Andrée Munchenbach. Il n’y a pas d’accord formalisé, on s’est simplement appelé pour se dire qu’il
n’y aurait pas d’agression entre nous. J’imagine que si nous sommes élus au premier tour, et lui pas, il
appellera à voter pour nous, et vice-versa
Le candidat UMP Patrick Hetzel valorise ses origines sarre-unionnaises dans cette campagne. Que penser de cette arrivée dans votre fief ?
Ce qui fera notre différence pendant cette campagne, c’est que nous sommes les seuls à porter les idées
nouvelles du régionalisme. Je sors de ma retraite, j’ai donc montré que je n’ai pas besoin de la politique
pour vivre.
Portrait express
Denis Lieb, candidat Unser Land à l’élection législative de Saverne. Originaire d’Oermingen (il tient
également à souligner que « mon grand-père est originaire de Pfalzweyer », comme celui de Patrick
Hetzel), il est professeur de sciences économiques au lycée Georges-Imbert de Sarre-Union.
Ses mandats : conseiller général de Sarre-Union élu en 1998 (RPR) et en 2004 (indépendant) jusqu’en
2011. Suppléant du député Émile Blessig en 1998. Premier adjoint au maire de Sarre-Union (2001-2002) et
président de la communauté de communes de Sarre-Union (2001-2003).
Suppléante : Andrée Munchenbach, conseillère municipale à Schiltigheim. Conseillère générale de
Schiltigheim (2004-2011) sous l’étiquette écologiste indépendante. Un temps membre du Modem (2009),
aujourd’hui présidente du parti Unser Land.